Les apologistes

 

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Les apologistes

Au 2ème siècle, Théophile d'Antioche écrivit à "Autolicus"

Livre I, 2

"J'honorerai l'empereur, mais je ne l'adorerai pas ; je prierai cependant pour lui. J'adore le Dieu vrai et unique, par lequel, je le sais, le souverain a été fait. Et alors tu pourrais me demander : et pourquoi donc ne pas adorer l'empereur ? L'empereur, par sa nature, doit être honoré par des marques de respect légitimes, il ne doit pas être adoré. Il n'est pas Dieu mais un homme que Dieu a mis à cette place non pour qu'il soit adoré mais pour qu'il exerce la justice sur la terre.

Le gouvernement de l'Etat lui a été confié en quelque sorte par Dieu. Et, comme l'empereur ne peut tolérer que son titre soit porté par tous ceux qui lui sont subordonnés - personne en effet ne peut être appelé empereur -, ainsi personne ne peut être adoré, si ce n'est Dieu. C'est pourquoi le souverain doit être honoré avec des sentiments de dévotion ; il faut lui obéir et prier pour lui. Ainsi s'accomplit la volonté de Dieu."

 

 Livre III, 15


"Chez les chrétiens on trouve une sage maîtrise de soi, on pratique la continence, on s'en tient à l'unicité du mariage, on reste chaste, on exclut l'injustice, on extirpe le péché à sa racine, on pratique la justice, on observe la loi, on apprécie la piété dans les faits concrets. Dieu est reconnu et la vérité est considérée comme la norme suprême.

La grâce les garde, la paix les protège, la parole sacrée les guide, la sagesse les instruit, la vie éternelle les oriente, Dieu est leur roi."

"Apologie" d'Aristide au 2ème siècle

"Les chrétiens portent inscrites dans leur cœur les lois de Dieu et ils les observent dans l'espérance de la vie future. C'est pourquoi ils ne commettent pas l'adultère et ne forniquent pas ; ils ne portent pas de faux témoignages et ne se déclarent pas propriétaires des biens qu'ils ont reçu ; ils ne convoitent pas ce qui ne les concerne pas ; ils honorent leur père et leur mère ; ils font du bien à leur prochain ; et, s'ils sont juges, ils jugent avec justice. Ils n'adorent pas des idoles de forme humaine ; tout ce qu'ils ne veulent pas que les autres leur fassent, ils ne le font à personne. Ils ne mangent pas les viandes offertes aux idoles, parce qu'elles sont souillées. Leurs filles sont pures et vierges et fuient la prostitution ; les hommes s'abstiennent de toute union illégitime et de toute impureté ; leurs femmes aussi sont chastes, dans l'espérance de la grande récompense dans l'autre monde..."

"Ils secourent ceux qui les offensent, en se faisant d'eux des amis ; ils font du bien à leurs ennemis. Ils n'adorent pas des étrangers ; ils sont doux, bons, pudiques, sincères, et ils s'aiment entre eux ; ils ne méprisent pas la veuve ; ils sauvent l'orphelin ; celui qui possède donne, sans murmurer, à celui qui ne possède rien. S'ils voient des étrangers, ils les font entrer dans leur maison et ils se réjouissent avec eux, reconnaissant en eux de vrais frères, parce qu'ils appellent ainsi non pas ceux qui leur sont frères selon la chair, mais ceux qui le sont selon l'âme.

Quand un pauvre meurt, s'ils l'apprennent, ils contribuent selon leurs moyens à ses funérailles ; s'ils viennent à savoir que certains sont persécutés, mis en prison ou condamnés pour le nom du Christ, ils mettent en commun leurs aumônes et leur envoient ce dont ils ont besoin, et, s'ils le peuvent, ils les libèrent ; s'il y a un esclave ou un pauvre à secourir, ils jeûnent deux ou trois jours et leur envoient la nourriture qu'ils s'étaient préparés, estimant que lui aussi doit en profiter puisque comme eux il est appelé à la joie."

"Ils observent avec exactitude les commandements de Dieu, en vivant dans la Sainteté et dans la justice, ainsi que le Seigneur Dieu le leur a demandé ; ils rendent grâce chaque matin et chaque soir, pour la nourriture ou la boisson et pour tout autre bien...

Telles sont, ô empereur, leurs lois. Les biens qu'ils doivent recevoir de Dieu, ils les lui demandent, et c'est ainsi qu'ils traversent ce monde jusqu'à la fin des temps ; car Dieu leur a tout assujetti. C'est pourquoi ils sont reconnaissants envers lui, car l'univers tout entier et toute la création ont été faits pour eux. A vrai dire, ces gens ont trouvé la vérité."

"L'Apologétique" de Tertullien 2ème-3ème siècle

"On nous accuse d'être improductifs dans les différents secteurs d'activités. Mais comment pouvez-vous dire cela de personnes qui vivent avec vous, qui mangent comme vous, qui portent les mêmes habits, qui adoptent le même genre de vie et qui connaissent les mêmes nécessités ?

Nous nous souvenons de rendre grâce à Dieu, le Seigneur et le créateur, et nous ne refusons aucun des fruits de son œuvre. Certes, nous usons des choses avec modération, sans excès ou malveillance. Nous cohabitons avec vous et nous fréquentons la place publique, le marché, les bains, les magasins, les ateliers, les fermes, en prenant part à toutes les activités.

Nous naviguons également avec vous, nous servons dans l'armée, nous cultivons la terre, nous exerçons le commerce, nous échangeons les marchandises et vendons, pour votre usage, le fruit de notre travail. Je ne comprends vraiment pas comment nous puissions paraître inutiles et improductifs dans vos affaires, alors que nous vivons avec vous et grâce à vous.

Oui, il y a des personnes qui ont des motifs de se plaindre des chrétiens, parce qu'elles ne peuvent faire affaires avec eux. Ce sont les protecteurs des prostituées, les entremetteurs et leurs complices, et encore les criminels, les homicides intentionnels, les maîtres chanteurs, les diseurs de bonne aventure, les sorciers, les astrologues. C'est une bien bonne chose d'être improductifs pour ces gens-là !... Enfin, dans les prisons, vous ne trouvez jamais, à moins qu'il y soit pour sa religion. Nous avons appris de Dieu à vivre dans l'honnêteté. "

Voici quelques passages de la lettre d'un apologiste (non identifié) du 2ème-3ème siècle à Diognète

"Les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes ni par les terres qu'ils occupent, ni par la langue qu'ils parlent, ni par leur manière de s'habiller. Ils ne s'isolent pas dans leurs villes, ils n'utilisent pas un langage particulier et ne mènent pas un genre de vie spécial.

Leur doctrine n'est pas la conquête due au génie insatisfait de chercheurs, et ils ne professent pas non plus, comme le font quelques-uns, un système philosophique humain. Ils habitent les villes grecques et barbares (étrangères), comme cela leur échoit à chacun, s'adaptant aux traditions locales tant pour la manière de s'habiller que de se nourrir et pour tout ce qui concerne le reste de leur vie, donnant un exemple admirable de leur forme de vie sociale, qui, aux dires de tous, est extraordinaire..."